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Du fond de l’abîme… oser la vie

venir au jour… et tisser des relations de vie

Alain, un des responsables de l’Axe Solidarité de Fondacio, témoigne du chemin de résurrection qui a suivi sa longue descente aux enfers.

« Les relations, que l’enfant expérimente dès sa naissance, sont fondatrices de son devenir. Selon leur nature, ces relations peuvent se révéler porteuses de vie ou de mort. Une fatalité pour ceux qui démarrent mal dans la vie ? Et pourtant…

La chute inexorable
En me remémorant mon histoire, je constate que mes relations avec les autres ont toujours été difficiles, particulièrement durant mon enfance et mon adolescence. Enfant unique, solitaire, j’ai été un enfant angoissé qui trouvait peu d’interlocuteurs à qui se confier. Heureusement, j’ai eu une grand-mère merveilleuse, consolatrice des petites et grandes peines, un rempart contre ma peur et ma tristesse. Malheureusement, je subissais, dans le secret, des violences dont les familles étouffent les bruits. Un mal profond me rongeait. Je perdais le peu de confiance que j’avais envers les adultes. Sali, envahi par la culpabilité, je me tenais à l’écart, absent à moi-même et aux autres… Ma méfiance rendait toutes les relations suspectes. Le mensonge devenait ma règle. A 12 ans, la disparition de ma grand-mère me laissa seul et désespéré.

A 17 ans, j’ai quitté ma famille, peu armé pour la vie. Parti me réfugier auprès du Père Wresinsky (fondateur d’ATD Quart Monde), j’espérais y trouver ma place. Mais je n’étais prêt à envisager ni un chemin de réconciliation ni une alliance avec ce lieu, aussi j’ai quitté ATD, dans un sentiment d’échec, de colère et d’injustice. Assoiffé de liberté et incapable de me remettre en question, j’ai tourné le dos à ma vie et je me suis enfoncé progressivement dans les ténèbres. Je me suis attaché à des personnes peu fréquentables et avec qui j’ai consommé des produits qui m’ont réduit en esclavage. S’en est suivi, durant 15 ans, un parcours d’une extrême aridité. J’ai vécu des relations affectives sans lendemain. Toute confiance en moi et dans les autres avait totalement déserté mon existence. J’étais une déception pour mes proches et une gêne pour la société, qui réclame que l’on soit fort. Puis, dans ce contexte d’instabilité, tant professionnelle que conjugale, la maladie a pris le pas : hospitalisations, enfermements, la spirale de la folie et de la violence avec comme conséquences, la marginalisation, la chute et la déchéance sociale.

Au fond, la rencontre
Il y avait en moi un cri étouffé trop longtemps contenu. Sil ne sortait pas, j’allais en mourir. Lorsqu’enfin il a jailli du fond de ma gorge, c’était comme un tremblement de terre. Alors, au fond du gouffre de mon désespoir, j’ai été « saisi dans les entrailles » et une voix m’a dit de me relever, d’oser la vie et de respecter la créature que j’étais.
Seul, je ne pouvais pas y arriver. Deux veilleurs étaient là, qui se sont laissé toucher par mon regard, mon histoire, mes mots. Ils sont venus à ma rencontre sans jugement ni a priori, c’est ce qui a touché mon cœur et l’a remis en marche.

Ils m’ont ouvert leur bras lorsqu’enfin je me reconnaissais faible. Leurs mains ne m’ont pas retenu, lorsque parfois je me suis dérobé. Ils ne m’ont jamais rien reproché lorsque je revenais vers eux. Leur amour a été indéfectible et je me suis souvent demandé d’où leur venait cette force. P. Mathias, psychiatre à la communauté de l’Arche à Trosly-Breuil m’a donné une réponse : « Tu es précieux, tu es plus beau que tu n’oses le croire, tu as peut-être été blessé, mais tu es très beau »

Renaître
Il m’a fallu du temps pour renaître. Il fallait que je le décide. Personne d’autre ne pouvait le faire à ma place. Il fallait vouloir la vie et apprendre à la construire avec l’aide des autres, apprendre l’ouverture et la confiance. Accepter de changer, de quitter mes peurs pour grandir. Ce que j’ai vécu alors me parlait avec force de l’amour inconditionnel de Dieu. Il avait constamment veillé sur moi, attendant le moment propice pour accompagner mon relèvement et renouveler son salut.

J’ai gagné en liberté intérieure, et cela me permet de tisser avec d’autres des liens qui ne génèrent ni asservissement ni domination, mais au contraire qui sont emprunts de respect et source de joie. J’ai osé une vie nouvelle : avec mes frères, les « cabossés », je découvre que je suis une personne qui compte pour les autres, qui a du prix à leur yeux et qui ne se réduit pas à un problème ou à une difficulté. Tout cela, c’est grâce à mes fragilités, qui étaient autrefois handicapantes et qui sont maintenant acceptées. Tout ce qui a été traversé ne l’a pas été en vain, car je deviens désormais un passeur à mon tour, un porteur de lumière pour d’autres frères encore dans l’obscurité. Magnifique retournement de situation qui donne un sens nouveau à ma vie.
Je veux témoigner que toute situation ne doit pas être vécue comme une fatalité, « que chaque homme peut être heureux pour autant qu’il décide de l’être  » (A. Lincoln).

En continuant de recevoir et en donnant à mon tour, je participe à une chaîne de fraternité qui n’enchaîne pas, dans une alliance qui appelle à toujours plus d’existence et de fécondité.

Sortir du ressentiment, de l’apitoiement et accepter les autres tels qu’ils sont, la vie telle qu’elle est, même si tout n’est pas toujours simple ; découvrir la joie d’être soi-même en vérité, avec les autres, pour tisser des liens et pour construire un monde meilleur, plus juste : Dorénavant c’est le programme de toute ma vie. J’ai un capitaine de choix à la barre, un Dieu d’amour et de tendresse. »

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