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« Tous intouchables, oser la rencontre »

Le 6 juin au Palais des Congrès de Versailles

Jean Vanier et Philippe Pozzo di Borgo en tête d’affiche pour une soirée au Palais des Congrès de Versailles qui a fait salle comble.


« Nous avons refusé deux cents personnes  », évalue avec un brin de dépit une des responsables… « Nous aurions dû louer aussi une salle du rez de chaussée en vidéo conférence  ». Il n’empêche, en cette soirée du mercredi 6 juin, on peut imaginer que l’événement restera un succès : l’auditorium Richelieu est comble et il y règne une touffeur notoire ce jour-là… Un public de tous âges a répondu à l’appel - l’onde de résonance du film Intouchable, sorti en novembre 2011, demeure perceptible.
Musiques d’essentiel
Les interventions des deux hommes, l’un dans son fauteuil roulant, l’autre tout « ramassé » dans le sien pour y loger ses quasi deux mètres, sont sobres et illustrées de quelques exemples personnels. Sur la gauche de la scène, on est fasciné par le ballet des mains de deux intervenantes qui se relayent pour « signer » la conférence à l’intention des personnes mal-entendantes.
La soirée a démarré par un rapide film présentant le mouvement Foi et Lumière qui fait se rencontrer personnes valides et handicapées. D’emblée le cœur est saisi par les musiques d’essentiel qui émanent à la fois des visages lumineux même s’ils portent la marque du handicap, et des quelques paroles de parents, de jeunes qui les accompagnent.
« Je m’étais perdu en courant »
On ne présente plus Philippe Pozzo di Borgo cet ancien homme d’affaires dont l’histoire est à l’origine du désormais film culte Intouchables. Il évoque ses brillantes études, sa vie professionnelle en mode jet set, son accident de parapente, et quelques découvertes permises par cet événement. Bien sûr, l’expérience de la fragilité, nouveauté absolue pour cet homme « qui avait tout  », celle du silence, de l’écoute de la voix intérieure. «  Je m’étais perdu en courant » constate-t-il. L’importance d’être présent à soi, dans l’instant, condition de la rencontre…
Inestimable considération
Il évoque un passage chez Simon de Cyrène (une association parisienne) qui propose des lieux de vie partagés entre personnes handicapées (souvent à la suite d’un accident) et personnes valides : « Vivre chez soi sans être seul  »… Pour cet homme qui vit habituellement « au milieu des dromadaires, des moutons et des tourterelles, au Maroc  », pratiquant de façon naturelle la contemplation de la Création, un déplacement s’est opéré envers ses semblables. Il invite l’auditoire à expérimenter l’attitude de la considération, subtile alliage d’extrême attention, de déférence, de respect, qui « met du Ciel dans la rencontre  »… Chemin de bonheur et porte féconde pour de possibles agirs. « Qui n’est pas fragile dans cette salle ?  » : une question provocante d’évidence. Il complète : « Quand je rencontre l’autre ainsi, l’Autre n’est pas loin  »…
Savoureuses trouvailles et rappel inlassable
A sa suite, le fondateur des communautés de l’Arche rend présent d’emblée le nouveau pape François qui semble tellement habité de ce souci de l’autre dans sa différence. Avec de savoureuses trouvailles qui signent ses origines anglophones, Jean Vanier insiste : « Il faut qu’on établisse une culture de la rencontre, avec des personnes inconnues à première vue  ». Il souligne l’importance du regard, du toucher, rappelant combien le film qui a inspiré le titre de la soirée, était « pleine de vérité et d’émotion  »… De sa voix lente et méditative, il rappelle inlassablement : « Tant de personnes ont été humiliées, pas considérées comme importantes  »…
Tony et son chien
Il raconte la rencontre récente de Tony, gare du Nord, un jeune mendiant d’une trentaine d’années, accompagné d’un gros chien. Sourires dans la salle quand il admet qu’il serait peut-être allé moins facilement vers cet équipage singulier en pleine forêt de Compiègne… Alors que Jean s’excuse de ne pouvoir donner beaucoup d’argent à Tony, celui-ci lui répond : « Je suis ici depuis longtemps, personne ne veut me regarder, tu m’as regardé, merci  ». Une rencontre fortuite, gratuite, un échange de sourires, essences d’humanité mutuellement réveillées. « Désarmés, même s’il ne faut pas être naïve  » décrit le voyageur du jour. Constatant qu’il n’a pas perçu d’appel à prier pour Tony, il pose cette bouleversante question : « Peut-être est-il Jésus ?  »…
Cri universel
L’ancien officier de marine et philosophe offre une limpide définition de la conscience personnelle : « Une attraction vers la lumière, la vérité, l’amour, la justice. Un mouvement de liberté intérieure, qui procure un sentiment de bonheur ». Il sourit en observant : « Je n’ai pas fait un discernement d’un quart d’heure pour savoir si j’allais ou non vers Tony !  ». Et propose son ordre des choses : « Je ne suis pas là d’abord pour lui faire du bien, lui donner quelque chose, mais pour vivre un moment de communion  ».
Il rappelle notre grand cri d’êtres humains : « M’aimes-tu ?... Pour ce que je suis, pas pour ce que je fais ».

Odile Foch
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