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Pour une Eglise au visage d’Evangile

Douze urgences… avec Monique Hébrard

Une bonne soixantaine de personnes rassemblées en ce 20 janvier, salle Mère Teresa à l’Ermitage… Ainés et seniors des groupes communautaires de la région, avec quelques invités, ont pu bénéficier de l’intervention de Monique Hébrard, journaliste et écrivain, amie de toujours. Sage, réaliste et passionnée, chaleureuse et fraternelle, engagée, Monique la baroudeuse des terres ecclésiales a partagé son feu pour une Eglise vivante, renouvelée, humaine…

« François  » (elle l’appelle ainsi) notre Pape n’est pas loin !« Il m’a piqué toutes mes idées ! » : réaction spontanée de Monique quand notre nouveau Pape commence à se faire connaître. En effet, elle a démarré son dix-huitième livre dès 2012, « un peu déprimée par l’analyse de ce qui se vivait en Eglise », notamment en milieu rural qu’elle rencontre chaque week-end. De toute évidence, des formes de chrétienté disparaissent et c’est difficile. Nos contemporains ont soif de spiritualité, cherchent ailleurs. « Bigre, il nous reste un trésor, l’Evangile ! » : le cri de foi – et d’expérience - de Monique. Et elle entreprend la rédaction de cet ouvrage. Puis elle le laisse un peu de côté. Quand François arrive, elle se demande si c’est encore la peine d’écrire « puisqu’ils disent la même chose » ! « Tout n’est pas gagné  » pense-t-elle avec sagesse et réalisme dans un second temps, et donc elle se remet à l’ouvrage, désireuse d’apporter sa pierre à l’édifice, et en 2014 elle publie Pour une Eglise au visage d’Evangile – Douze urgences.

« Du jour au lendemain, un voile s’est déchiré »
Les animateurs de l’après-midi donnent tout d’abord la parole au groupe qui apporte ses questions et préoccupations, qui ne manquent pas : inquiétude envers les petits-enfants qui ne reçoivent plus « les mêmes valeurs », que deviennent les « nouvelles communautés » (un des ouvrages qui fit connaître Monique et lui fit rencontrer Fondacio, en son temps), quid du salut hors de l’Eglise, et les avancées œcuméniques, la place des femmes, les divorcés remariés, l’Eglise sur les autres continents, notre Eglise est-elle encore évangélique ?...
Après avoir retracé à grands traits son propre parcours de recherche et de foi, Monique « de la génération soixante-huitarde » s’arrête un instant sur l’étape décisive de sa rencontre avec les nouvelles communautés. Attirée par «  ces chrétiens néo ruraux et qui priaient  », après avoir tout rejeté tout en reconnaissant une soif persistante à l’intérieur, elle participe à une rencontre avec Fondacio. Elle se souvient : « Du jour au lendemain, un voile noir sur l’Eglise s’est déchiré et j’ai vu une lumière qui depuis lors m’accompagne. Une expérience qui a changé mon métier de journaliste ». Car elle exerce régulièrement ce métier en milieu chrétien et rencontre des milliers de personnes pour ses enquêtes. Avec chaleur et reconnaissance, elle fait mémoire de tant de moments partagés avec Fondacio.

Juges de tennis ?
En résonance avec un souci majeur de notre Pape, elle pointe l’urgence première d’une Eglise qui écoute, rappelant au passage la première règle de saint Benoît : « Ecoute  »… et soulignant son caractère indispensable dans toute relation humaine, par ailleurs. Zoom sur les évangiles : « Jésus nous donne l’exemple à double titre : Il écoute les gens et parfois il quitte foules et disciples pour écouter son Père, à l’écart  ». Ecoute des autres, du monde, de l’Autre, un résumé de l’interpellation qui nous est adressée. «  Le pari de François n’est pas d’anéantir la doctrine mais de re/mettre la pastorale au tout premier plan » explique-t-elle, insistant avec lui sur l’importance de se positionner délibérément et prioritairement au côté de l’homme blessé… Et d’être « des facilitateurs de foi et non pas des contrôleurs ! ». Mgr Doré est évoqué aussi. Il refuse une Eglise qui, « telle un juge de tennis, compterait les points et ferait respecter des règles » !

Vadrouilles ecclésiales
Au fil de son exposé, Monique évoque de multiples situations où du meilleur et du moins bon cohabitent dans notre Eglise (ici il est essentiellement question d’Eglise occidentale, voire européenne ou simplement française). On sent une vraie femme d’Eglise, informée et ardemment engagée dans une démarche de critique responsable. Expérience féconde des Synodes diocésains, recherches délicates et controversées dans le fil d’Humanae Vitae, nouvelles expériences dans les campagnes privées de prêtres, l’Eglise et les jeunes… Ces réalités sont abordées, parmi d’autres, avec l’appui d’une pensée élaborée et le soutien de multiples terrains expérimentés par Monique au fil de près de quarante ans de vadrouilles ecclésiales !

« Ni inerte ni immuable ! »
Auprès de ce public de seniors et aînés, directement concerné par « les jeunes » (leurs enfants et petits-enfants), elle pointe comment les générations actuelles, qui ont grandi sans interdits, ont besoin de repères et de sens pour leur vie. « Le Pape, on s’en f… mais c’est le seul mec qui nous donne un idéal  »… «  On n’est pas des saints, on fait ce qu’on peut mais on a besoin d’entendre ça  » : paroles glanées et révélatrices. Il est question aussi de ces jeunes qui « ont la foi car elle leur apporte quelque chose, elles les rend heureux » (Nathalie Becquart, religieuse xavière). Ils ont reçu la « caresse de la miséricorde de Dieu » (François). La « soixante-huitarde », avec d’autres penseurs de notre temps, nomme un « mai 1968 à l’envers  », avec « une insurrection de la conscience ». Avec Joseph Moingt, jeune jésuite quasi centenaire qui vient d’écrire un livre de six cent pages, Croire au Dieu qui vient. De la croyance à la foi critique, elle s’exclame, en substance : «  La Tradition n’est ni inerte ni immuable, elle est vivante, perpétuellement éclairée par l’Esprit-Saint ! ».

Espérance, moteur !
Des communautés nouvelles – qui ne sont « que la partie émergée d’un iceberg  » (Cardinal Suenens), il est rappelé combien elles ont irrigué tant de tissus ecclésiaux… Aujourd’hui, il convient de se souvenir que le christianisme est la religion de la mort et de la résurrection et donc invitation à consentir à ce que certaines formes meurent… et être des guetteurs de pousses de résurrection. « Et il y en a ! Notre espérance n’est pas vaine » : une position tenue, avec un regard lumineux. Bref voyage au-delà de nos frontières : « François veut faire une décentralisation de l’Eglise, il faut des Synodes continentaux… Attention, unité ne signifie pas uniformité. Elle est à conjuguer avec la diversité ». Dialogue entre les religions : «  Soyons curieux de ce qui se vit au loin, dans ces pays d’Asie où, par exemple, musulmans et bouddhistes oeuvrent ensemble à faire reculer la pauvreté  ». Une dernière évidence : «  Nous ne sommes plus le centre ni du monde ni de la chrétienté ! ». Passer ailleurs, dans l’espérance donc.

Odile Foch
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